Au Tchad, Beral Mbaikoubou: chanteur, philosophe, député... et aveugle

  "Beral l'aveugle": ainsi est connu  Beral Mbaïkoubou, 33 ans, à la fois député de l'opposition mais surtout  chanteur engagé qui, avec des chansons telles que "Le roi des cons", est  toujours censuré à la radio nationale.   Il a perdu la vue dès l'âge de 3 ans des suites d'une varicelle mais il  définit sa vie comme "un agencement de circonstances heureuses". Il a ainsi  effectué des études en passant notamment par un centre pour aveugles avant de  bénéficier d'une Bourse en France en 2003 après avoir été reperé lors d'un  concours de l'Agence internationale de la francophonie sur le thème: "Entre la  paix, la démocratie et le développement, quel est le critère qui entrainerait  les autres".     De retour à N'Djamena en 2008, il compose son premier album: "Quand j'ai  cherché, j'ai pensé à la fameuse Sainte trinité: le père, le fils et le saint  esprit. Je me suis dit: +Pourquoi ne pas faire l'abjecte trinité en m'appuyant  sur trois piliers qui me semblent fondamentaux des malheurs de notre pays: Le  PR (président de la République), le fisc et les sans-esprits", explique-t-il.    "On m'appelle +le provocateur+, parce que je fais des chansons plutôt  caustiques", explique-t-il timidement, dans la cour de sa maison d'un quartier  populaire de N'Djamena, en caressant le manche de sa guitare.    Dans la foulée, il écrit "éloge des lumières obscures", un pamphlet  politique sur l'histoire politique du Tchad, avant de s'engager franchement en  politique.     "On dit que celui qui n'a pas planté un arbre avant de mourir a vécu  inutilement, moi je dis que si je n'étais pas devenu un acteur politique avant  de mourir j'aurais considéré que mon existence a été vierge" dit-il.     Après son élection en 2009, un concurrent avait demandé l'annulation de  celle-ci: "parce que je serais physiquement inapte à cette fonction.  Heureusement le Conseil constitutionnel lui a fait comprendre la notion  d'inaptitude", explique Beral en sirotant une bière glacée.    "A l'assemblée nationale, il écrit d'abord ses discours en braille, prend  le micro de la main gauche, et lit de la main droite", explique son assistant  Christian qui l'accompagne depuis plus de 10 ans ajoutant "Ce n'est pas ca  (être aveugle) qui va l'empêcher de parler!".    "Etre opposant veut dire que vous vous exposez à toutes les restrictions,  que vous vous opposez à tous les refus. Qu'est ce que ca serait d'être opposant  si ce n'était qu'une balade de santé ?" affirme-t-il en refusant de faire de son handicap un combat.    "Homme handicapé, c'est un pléonasme. Le handicap, il est humain. Tout  homme a des insuffisances, le handicap c'est une insuffisance alors nous sommes  tous handicapés. On peut être handicapé du coeur, handicapé intellectuel,  handicapé physique, handicapé de ce qu'on veut, on a chacun son handicap",  explique t-il calmement, ajoutant : "Dans un pays comme le nôtre je ne suis pas  certain que les handicapés soient moins bien lotis  (...) nous sommes logés à  la même enseigne, il faut se battre pour la dignité des hommes en général".    Beral refuse la pitié tout comme il réfute qu'on le présente comme une  "success story": " Il n'y a rien de plus merveilleux que de ne pas se montrer  reconnaissant. Ce qui me révolte c'est que nous, personnes vivant avec un  handicap, comme beaucoup de personnes socialement vulnérables, c'est que ce qui  est un droit devient une question de chance. (...) mais si on s'attarde un peu  sur la question, ca veut dire qu'on nous emprisonne dans l'exception".

  

 

  Algérie- ennaharonline 

 

 

 

 

 

COMMENTAIRES