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Tunisie: un "Printemps des Arts" au goût de cendres

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Des toiles ont été détruites, des artistes  menacés, des accusations de blasphème proférées. Puis les portes du palais  Abdellia se sont refermées sur un drame: l'angoisse d'artistes cherchant leur  place dans la Tunisie nouvelle, sommés de justifier leur existence.    Encore plus que le saccage d'oeuvres du "Printemps des Arts", la plus  grande manifestation d'arts plastiques en Tunisie qui s'est tenue du 2 au 10  juin au palais Abdellia dans une banlieue aisée de Tunis, c'est la réaction des  autorités qui a scandalisé et effrayé les artistes.    Les violences, attribuées notamment à des salafistes, ont suscité des  condamnations mais aussi un rappel à l'ordre de la classe politique et du  ouvernement, au nom du respect des "valeurs de l'islam".    Régulièrement cibles d'extrémistes depuis la révolution qui a chassé  l'ex-président Zine El-Abidine Ben Ali en janvier 2011, les artistes ont  vivement réagi.    Le syndicat des Arts plastiques a annoncé qu'il portait plainte pour  diffamation contre plusieurs ministres, dont celui de la Culture qui a dénoncé  des "provocations artistiques" et publiquement estimé que "l'art doit être beau  mais n'a pas à être révolutionnaire".    "C'est comme si on me coupait les mains. Je suis pleine de colère, déçue.  Quand j'ai entendu la position du gouvernement, j'ai eu l'impression d'assister  au procès de la liberté sans pouvoir me défendre", dit à l'AFP une peintre dont  une oeuvre a été détruite et qui souhaite garder l'anonymat.    "Je n'ai pas peur de répondre au ministre, mais j'ai peur de l'ignorant, de  l'imbécile caché dans un coin qui s'en prendra à ma famille parce qu'ils (les  représentants de l'Etat) nous ont livrés à la vindicte populaire",  explique-t-elle.    La question qui se pose, pour la comédienne et dramaturge Jalila Baccar,  est simple: "Est-ce que nous voulons un pays sans art, sans artistes? Qui doit  définir les lignes rouges par rapport au sacré ? Les juges, les religieux, la  Constitution en cours de rédaction ?".    "Nous n'avons pas à justifier notre art", tranche la peintre Meriem  Bouderbala, qui est aussi la commissaire de l'exposition temporaire du  Printemps des Arts.    Mais "qui va encore avoir le courage de nous exposer ? Qui osera investir  dans des projets qui posent des questions à la société et ne se contente pas  d'un art de cour ?", s'interroge un plasticien qui a reçu des menaces de mort  et souhaite lui-aussi garder l'anonymat.    Pour l'écrivain et universitaire franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, "il  faut admettre que l'art comme la poésie sont subversifs ou ne sont pas".     Dans une tribune intitulée "Autodafé" publiée sur des sites internets  tunisiens, il relève chez le parti islamiste dominant Ennahda une position  iconoclaste "liberticide" et "construite sur le déni de la tradition et de la  civilisation islamique elle-même", évoquant les mystiques soufis dont la  conception du sacré est violemment rejetée par les salafistes.    Plusieurs artistes refusent d'entrer dans ce "débat intellectuel": "Nous  serons toujours perdants si nous plaçons le débat sur le terrain de  l'interprétation. La seule question valable est celle de la liberté  d'expression, celle que nous avons acquise grâce à la révolution", juge une  autre peintre.    "Pour la première fois, dit-elle, je me pose des questions sur ma place  dans ce pays. Je regarde le planisphère et je me demande où je pourrais aller".
 
 
Algerie - ennaharonline
 

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